Tailler un olivier en Provence : période et gestes
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Tailler un olivier en Provence : période et gestes

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Pour savoir comment tailler un olivier dans un jardin des Alpilles, deux repères évitent la plupart des erreurs : intervenir au sortir de l’hiver, une fois les fortes gelées passées et avant la floraison de mai, puis ouvrir le centre de l’arbre à la lumière sans retirer plus de 30 % de son feuillage dans l’année.

Fin d’hiver, avant les fleurs : la fenêtre de taille

Le calendrier du Cahier de l’oléiculteur 2027, publié par France Olive, découpe la saison : repos végétatif en janvier et février, débourrement en mars et avril, floraison en mai. La taille annuelle y figure au début du printemps.

Deux raisons expliquent ce calage. D’abord le froid : une note de l’interprofession sur le gel rappelle que les arbres taillés débourrent plus vite que les autres, d’où le risque d’une taille trop précoce en zone gélive. Attendre laisse aussi le temps de constater les dégâts avant de doser les coupes. Ensuite la récolte : les fleurs de l’olivier naissent sur le bois d’un an, si bien qu’une coupe sévère au printemps supprime des rameaux qui devaient fleurir quelques semaines plus tard.

Le bulletin Inf’Olive du 5 mars 2026 jugeait encore possible de tailler « avant leur reprise d’activité ». Dans le piémont, la fenêtre utile court donc de la fin des grands froids aux premiers signes de débourrement.

Et en automne, ou en plein été ?

En octobre, l’arbre semble au repos. Le Centre technique de l’olivier situe pourtant les contaminations par la bactériose de l’automne à la fin du printemps, et l’automne reste l’une des deux saisons à risque pour l’œil de paon. Le sécateur se limite alors à une branche cassée ou morte, par temps sec. L’été accueille des interventions légères, rejets du pied et gourmands verticaux ; la fiche consacrée à la bactériose conseille même de tailler les arbres atteints en été, par temps chaud et sec, et en dernier.

Formation, entretien, restauration : trois tailles selon l’âge

Un olivier ne se taille pas de la même façon à quatre ans ou à cent cinquante ans. France Olive situe la phase juvénile à moins de dix ans ; la période adulte s’étale ensuite sur des décennies, voire des siècles.

Former un jeune sujet

Les premières années, la taille de formation reste légère. L’interprofession conseille de nettoyer les vingt premiers centimètres du pied pour obtenir un tronc unique, puis d’éliminer les départs du tiers inférieur jusqu’à 60 à 80 cm de hauteur, d’où partiront les charpentières. Les branches tournées vers le bas de plus de deux centimètres de diamètre disparaissent, l’axe central reste ; seul un plant acheté trop haut se rabat à 1,2 m. Un sujet sain au départ simplifie ce travail, d’où l’intérêt de reconnaître un bon plant en pépinière.

Entretenir un arbre en production

Sur un arbre adulte, la taille d’entretien vise un gobelet ouvert : trois à cinq charpentières régulièrement réparties autour d’un centre dégagé, selon le Cahier de l’oléiculteur. Espèce héliophile, l’olivier fleurit là où la lumière entre. Le même document fixe une limite nette : une taille annuelle ne retire jamais plus de 30 % du feuillage.

Cette régularité n’efface pas l’alternance, que France Olive juge difficile à lisser malgré les soins : une année chargée suit une année faible, taille ou pas. La taille en nuage ou en boule relève d’un travail topiaire à part.

Restaurer un vieil arbre ou un olivier trop haut

Un arbre délaissé, ou monté si haut que les olives deviennent inaccessibles, se reprend par étapes. Le Cahier conseille de simplifier d’abord l’architecture par les grosses coupes à la scie, puis de raccourcir uniformément les branches trop hautes. Avec le plafond des 30 %, la taille de restauration s’étale sur plusieurs hivers, toujours au-dessus d’une ramification capable de prendre le relais. Pour un sujet centenaire, plusieurs entreprises du piémont autour d’Eyguières pratiquent la remise en production d’arbres abandonnés.

Ramure d’un olivier taillé en gobelet vue depuis le tronc, charpentières ouvertes sur un ciel clair

Comment tailler un olivier adulte, geste après geste

L’ordre des coupes compte : commencer par l’évident dégage la vue et évite de sacrifier une branche saine.

  1. Retirer le bois mort. En cas de doute, gratter l’écorce : vert dessous, le bois vit ; brun, il est mort et la coupe descend jusqu’au vert.
  2. Supprimer les rejets de la souche, puis les gourmands verticaux qui jaillissent du dessus des charpentières et du cœur.
  3. Couper l’une des deux branches qui se croisent ou frottent, en gardant la mieux orientée vers l’extérieur.
  4. Éclaircir le centre pour ouvrir le puits de lumière décrit par France Olive, sans dénuder le dessus des charpentières, dont l’écorce brûle au soleil.
  5. Renouveler les vieux rameaux dégarnis qui pendent en les coupant au départ d’un rameau jeune né sur leur courbure.
  6. Finir par des coupes nettes, sans chicot, juste au-dessus d’un œil tourné vers l’extérieur.

Le contrôle final se fait à distance : le tronc doit rester l’axe central d’une silhouette équilibrée, en largeur comme en hauteur. Autre repère pour doser, une taille de l’olivier réussie laisse au sol beaucoup de rameaux fins et peu de grosses branches.

Outils désinfectés et maladies : ce que propage une coupe

Le matériel et son hygiène

Sécateur, sécateur à deux mains et scie d’élagage suffisent ; des lames affûtées tranchent sans écraser. La fiche du Centre technique de l’olivier sur la bactériose demande de tremper les outils entre chaque arbre dans une eau de Javel dosée à 10 %, avec une vigilance accrue pour les scies et tronçonneuses, qui projettent plus de copeaux. Elle préconise un badigeon cicatrisant sur les grosses coupes, proscrit la taille par temps humide ou avant une pluie annoncée, et rappelle qu’une chaussure boueuse posée sur une charpentière dépose les bactéries sur les plaies.

Œil de paon : une affaire d’humidité

L’œil de paon, maladie la plus répandue sur l’olivier selon une fiche de l’AFIDOL datée de 2018, est dû au champignon Fusicladium oleagineum. Il marque le dessus des feuilles de taches circulaires de 2 à 10 mm, du brun noirâtre au jaune orangé, puis les fait tomber. Actif entre 8 et 24 °C, il infecte en six heures de feuillage mouillé autour de 16 °C, son optimum.

La même fiche range la Grossane et l’Aglandau parmi les variétés sensibles. Ce sont deux des quatre variétés retenues par l’AOP huile d’olive de la Vallée des Baux-de-Provence. D’où le verdict de la fiche : une taille chaque année, pour une ramure qui sèche vite après la pluie.

La tuberculose de l’olivier, une bactérie qui entre par les plaies

La bactériose, aussi appelée tuberculose de l’olivier, est causée par Pseudomonas savastanoi. Elle forme des galles brunes sur les rameaux, puis sur les charpentières et le tronc. Plaies de taille, de cueillette, de gel ou de grêle lui ouvrent la porte. Aucun produit n’est curatif : le cuivre limite seulement les nouvelles contaminations, et le bulletin Inf’Olive conseille un traitement cuprique dès la fin du chantier. L’arbre atteint se taille en dernier, et ses rameaux à galles quittent le jardin.

Rameau d’olivier portant des galles brunes et feuilles marquées de taches circulaires sous la pluie

Mistral et gel : les risques propres au piémont

Le mistral joue un double rôle. Il sèche le feuillage, et la fiche sur l’œil de paon note que les arbres abrités du vent restent humides plus longtemps. Il disperse aussi la bactériose, transportée en aérosols sur plusieurs centaines de mètres par vent violent.

La note de France Olive sur le gel, datée d’avril 2021, revient sur l’épisode du 8 avril : le mistral de la veille avait asséché l’air, et quand il est tombé, les températures ont chuté de 5 à 6 °C en une heure. Elle rappelle février 1956, quand un froid sibérien et un mistral violent ont tenu tout le mois, situe vers -8 °C la température létale d’un jeune plant et signale l’accumulation d’air froid dans les creux et les bas de pente.

Après un gel, écorce verte au grattage, la taille attend la reprise de croissance ; écorce brune, la branche est coupée jusqu’au vert. Au printemps suivant, retirer environ un gourmand sur deux suffit à aérer l’arbre.

Rameaux de taille : broyer, pailler, jamais brûler

Le tas de branches laissé par une fin d’hiver au sécateur ne part pas en fumée. Selon service-public.fr, dans sa page vérifiée le 26 février 2025, un particulier ne peut brûler ses déchets verts ni à l’air libre ni dans un incinérateur de jardin, sous peine d’une amende de 750 €. Le préfet n’y déroge qu’à titre exceptionnel, par exemple contre une maladie des végétaux.

Restent le compostage, le paillage et la déchetterie. Broyés, les rameaux d’olivier et leurs petites feuilles coriaces donnent un paillis à étaler en couronne au pied des arbres, dans la logique d’un jardin sec paillé en épaisseur. La fiche sur la bactériose admet le broyage du bois d’arbres sains mais pas son enfouissement, la bactérie vivant à la surface du bois. Pour les rameaux à galles, elle n’accepte le compost qu’avec une montée en température suffisante ; faute de pouvoir la vérifier, la déchetterie reste la voie simple.

Couronne de broyat de rameaux d’olivier au pied d’un jeune olivier, fagot de branches contre un muret

L’olivier en pot, une taille à l’échelle du contenant

Un olivier en pot suit le même calendrier et les mêmes gestes, à petite échelle : quelques coupes de mise en forme au printemps, les gourmands au fil de la saison, jamais de rabattage sévère sur un arbre dont les racines sont déjà à l’étroit.

Le froid reste le vrai danger. La note sur le gel cite une température létale de -6 °C pour les racines, un seuil bien moins bas que pour le bois et les feuilles. En pleine terre, le sol les protège ; dans un bac exposé au mistral, elles subissent l’air ambiant. Abriter le bac contre un mur et isoler ses parois compte davantage que la coupe.

Prochaine étape, avant le débourrement : repérer depuis le sol le bois mort, les gourmands et les branches croisées, désinfecter les lames, puis tailler un matin sec en gardant en tête le plafond des 30 %.